“Cuisine entre quatre murs” est un énième ouvrage écrit par un détenu. En ce cas toutefois, l’auteur n’a même pas pris la précaution utile de se faire aider d’un nègre. C’est ainsi qu’il livre au lecteur fourvoyé entre ces pages un patchwork de recettes de tambouille carcérale, et de pâtés de mots indigestes censés être anecdotes et billets d’humeur.
Dans un style hugolâtre mal digéré, plein de lourdeurs, abusant de l’adjectif et de l’adverbe, “l’auteur” (!) exprime à merveille le néant, conjuguant avec une dextérité là bien réelle le rien-disant et le mal-disant.
De la lecture de cet opuscule, l’on sort atterré et appauvri ; atterré qu’il se soit trouvé un éditeur pour imprimer ce fatras insipide ; appauvri parce qu’en tournant, enfin, la dernière page, l’on éprouve cette curieuse sensation d’être moins qu’avant, comme si émergeant d’un néant on avait perdu quelque chose.
Si l’ouvrage prête parfois à sourire, c’est de commisération. Sans doute ce sentiment justifiera-t-il, sans l’excuser, que d’aucuns se laissent aller à acheter ce livre : louable souci social d’aider peut-être une réinsertion, mais outrage certain à la littérature.


Cette page à l'usage des critiques nécessiteux (j'entends par là ceux visés dans leur nombre par Chateaubriand), sera découpée suivant les pointillés, et insérée dans telle ou telle feuille trouvant de bon ton de faire appel à leur indigente industrie.


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