Son front est bas, et ses yeux sans lumière.
Il parle fort, éclate parfois d’un rire brutal, envoyant aux quatre horizons ses longs bras désarticulés et qui, au repos, pendent plus bas que ses hanches.
Il marche un peu voûté, semblant tirer sa peine en charroyeur.
Les jours et les mois et les années, coulant sur lui comme une eau sans aval ni amont, n’ont rien déposé, ni rien enlevé : il est un terrible et permanent présent, sans conscience du passé, sans idée d’un demain.
Il a pris ça et là des façons, des mots, des gestes. Tour à tour champion de lutte ou informaticien, il terrorise en promenade les malheureux sur lesquels il fond, les engluant d’une logorrhée verbeuse et insensée.
Il ne se rend compte de rien. Il fait un peu peur. On ne le plaint pas : il existe si peu !
Et cette inexistence est un vide effrayant : pourrait-on y tomber ?